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« Le savoir est au sommet de la montagne. Grimpons ! »



Mouhamed DIOP

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La vie n'est pas une course de vitesse

Le 17/10/2017

 
Obama a pris sa retraite à 55 ans, Trump est devenu président à 70 ans. Sydney est en avance de 3 heures sur Perth, mais cela ne rend pas Perth lent. Quelqu'un a obtenu son diplôme à l'âge de 22 ans, mais a attendu 5 ans avant de décrocher un bon job. Quelqu'un est devenu PDG à 25 ans et est mort à 50 ans. Alors qu'un autre est devenu PDG à 50 ans et a vécu jusqu’à 90 ans. Quelqu'un est toujours célibataire, tandis que quelqu'un d’autre s'est marié. Tout le monde fonctionne en fonction de son propre fuseau horaire. Les gens autour de vous pourraient sembler être en avance et certains pourraient sembler être en retard. Mais tout le monde réalise sa propre course, à son allure. Ne les enviez pas et ne vous moquez pas d’eux. Ils sont sur leur fuseau horaire, et vous êtes sur le vôtre. La vie consiste à attendre le bon moment pour agir. Alors détendez-vous. Vous n'êtes pas en avance. Vous n'êtes pas en retard. Vous êtes à l'heure.

Translated into English by Mouhamed Diop

Life is not a sprint

Obama retired at 55, Trump became president at 70. Sydney is 3 hours ahead of Perth but this does not make Perth slow.  Someone graduated at 22 but waited for 5 years before getting a good job. Someone became CEO at 25 and died at 50 whereas someone else became CEO at 50 and lived until 90. Someone is still a bachelor whereas someone else got married. Everybody functions according to their time zone. People around you may seem to be ahead of time and some may seem to be lagging behind. But, everybody runs their own race as fast as they can. Do not be envious of them and do not poke fun at them. They are on their time zone, and you are on your own. Life consists in waiting for the right moment to take action. So, relax. You are not ahead of time. You are not lagging behind. You are on time.

 

Je suis Rohingya

Le 15/09/2017

 
« Le bras moral de l’univers est long, mais il s’infléchit vers la justice. »
« L’injustice où qu’il soit est une menace pour la justice partout. »
Martin Luther King, Jr.

Je m’appelle Rohin. Je suis né musulman. Mais je suis un être humain qui a, comme tout le monde, des états d’âme. Je n’ai rien à voir avec les soi-disant musulmans qui portent des ceintures explosives pour tuer au nom d’Allah. D’après mon grand père, décédé suite à un lynchage public à Rangoun, ancienne capitale de la Birmanie, notre famille s’est installée dans l’État d’Arkan, dans le sud-ouest du pays, depuis des siècles. Ce pays couvre une superficie de 677 552 km2, soit trois fois le Sénégal. Vue du ciel, la Birmanie est un jardin d’Éden où poussent toutes sortes d’arbres fruitiers, son sous-sol recèle un pactole minier et énergétique qui n’est comparable qu’aux terres africaines sur lesquelles l’Europe jette son dévolu depuis l’époque de Faidherbe.

Grand père ne se lassait jamais de nous raconter l’histoire de notre peuple. Nous nous sommes convertis à l’islam au XVème siècle. A l’époque, l’islam venait juste de naître dans le pays. Le bouddhisme, le judaïsme et le christianisme étaient déjà là bien avant. Bouddha Gautama, un sage indien, avait fondé le bouddhisme après son « éveil » à la vérité. Ensuite, pour lui vouer une adoration sans faille, ses disciples, qui se sont multipliés par millions, ont construit, à l’imitation des synagogues et des églises, des pagodes réparties un peu partout sur le territoire. Ils y adoraient Bouddha, y cultivaient la tolérance et instauraient la paix dans les communautés de différentes allégeances.

Aujourd’hui, ce monde de fraternité et de tolérance a considérablement changé. La Birmanie est devenue à 90% bouddhiste, la plupart des fidèles défendent des idéaux différents de ceux de leur guide spirituel. Ce que Bouddha prêchait et ce que ses disciples pratiquent sont diamétralement opposés.

C’est tellement vrai quand on dit que religion et politique ne font pas bon ménage !

Depuis 1982, le ciel birman est chargé de nuages sombres qui annoncent des orages de malheurs. Étant donné que mon peuple est musulman et non bouddhiste, il subit des atrocités de toutes sortes : viols, meurtres, émasculation, pendaison, pillage, lynchage, et j’en passe. L’Organisation des Nations unies et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord se sont toujours préoccupées des affaires politiques enveloppées dans le manteau du terrorisme en Afghanistan et en Irak, mais elles n’ont jamais déclaré la guerre contre la faim qui tue les enfants Rohingya. Elles ne se sont jamais prononcées sur les milliers de sans-abris qui sont à la merci des maladies infectieuses. L’Organisation de la conférence islamique est une institution muette souffrant d’un handicap moteur très grave. Beaucoup de chefs d’État musulmans ont marché à côté des français quand Charlie Hebdo a caricaturé notre prophète (PSL), mais aucun d’entre eux n’a réagi face à la situation de leurs frères musulmans en Birmanie. Quelle lâcheté !
La lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, Aung San Suu Kyi, par souci de se faire admonester en public et ridiculiser devant les caméras, rechigne à une visite prévue en fin septembre à l’Assemblée générale de l’ONU.

La pire des choses qui puisse arriver à un partisan de la paix, c’est de pactiser avec le mal. Madame Kyi a bu à la coupe de la haine que lui a tendue la main ensanglantée d’Ashin Wirathu. Cet homme vêtu d’une robe dont la couleur, par drôle de coïncidence, symbolise l’horreur, a fondé le mouvement 969 pour faire un nettoyage ethnique. Cela me rappelle 666, le symbole chiffré de Satan. Selon Wirathu, « les musulmans peuvent se marier avec quatre femmes. Ils risquent de peupler tout le pays, d’y devenir majoritaires et de convertir tout le monde. Donc, la race et la religion sont les enjeux les plus importants auxquels il faut faire face manu militari. Le moment est venu de dératiser, de désinfecter, de purifier notre nation. » L’ami de l’activiste nobélisée se fait appeler « Hitler de Birmanie » par les médias, ce qui lui fait chaud au cœur. J’espère que nos frères juifs ne cautionnent pas ses actes barbares.

Notre situation va de mal en pis. Nous dormons à même le sol avec les rats d’égout qui ne grignotent même pas le riz bouilli avec des feuilles dont nous raffolons pour survivre. Nos vieillards sont presque tous morts de fatigue après des centaines de kilomètres de marche vers la frontière bangladaise. Nos enfants, qui n’ont pas la force de nous suivre, sont piétinés par le talon du racisme, écrasés du pied hypocrite des moines et jetés dans des fosses sceptiques. Les femmes qui, par malheur, se retrouvent dans les bras de nos ennemis, sont violées, souillées et se font couper les seins. Les hommes et les garçons ne sont que du bétail humain. Battus, lapidés, pendus, torturés, découpés à la machette ou brûlés avec des pneus, ils n’échappent à leurs bourreaux qu’avec des blessures mortelles. Nos maisons, mosquées et écoles sont devenues des ruines calcinées, nos animaux volés. Tous nos voisins se sont transformés en pyromanes et en kleptomanes au nom révéré de la xénophobie. Nous sommes chassés jour et nuit de nos terres, spoliés de nos biens et parqués dans des camps bardés de fils barbelés où l’on sent la mort sous ses formes les plus horribles.

Chers frères et sœurs bouddhistes sincères, juifs, chrétiens, musulmans, animistes, l’heure est grave.

Nous avons besoin de vos prières et nous implorons votre soutien.

Nous souffrons,

Rohin

P.S. : Pour regarder un documentaire consacré à la situation des Rohingya, voir https://www.youtube.com/watch?v=OVb9U-ajuoA

Mouhamed DIOP
mouhamed.rassoul@yahoo.fr

 

Chez un musulman animiste

Le 03/08/2017

Charlatan Guérisseur Bain mystique Animiste Prêtre vaudou

Charlatan
Charlatan 

« La superstition demande des causes, alors que le propre de la raison véritable est de découvrir que les choses sont sans cause et de déceler, dans le vœu causal, la racine de l'angoisse religieuse. »
Clément Rosset, L’Anti-nature (1973)

« La superstition est plus injurieuse à Dieu que l'athéisme. »
Denis Diderot, Pensées philosophiques (1746)

Vêtu d’un gros boubou blanc, il s’assoit toujours sur une natte ou une sorte de tabouret, entouré de livres en arabe, de feuilles blanches, de calebasses, de bouteilles de sable, d’objets en cuir de toutes sortes, de cornes de boucs, d’une petite bouteille de gaz et de bols par-ci par-là. On devine facilement qu’il passe pratiquement toute la journée dans ce même endroit. Il a même une douche intérieure à côté. Sur les quatre murs qui l’entourent sont accrochés des morceaux de miroir assortis de cauris. Dans chaque coin de ce cloaque se trouve un petit canari d’eau potable sur lequel est soigneusement posée une tasse à thé. Tous ses visiteurs, sans distinction aucune, y boivent avant de lui adresser la parole. C’est la raison pour laquelle il ne consulte qu’après la rupture durant le mois bénit du Ramadan. Dans ce sanctuaire, chaque chose a son utilité et tout est sacré. Sa dévotion a déformé son corps, ramolli ses muscles et rendu son visage austère. Il est déplumé comme un oiseau malade. Quand il marche, il chancelle tel un gamin qui a toujours l’air d’avoir faim. On dirait qu’il a dix ans de plus que son âge réel même s’il est très jeune. Sa forte présence le rend maître. Les vendeurs de peau de lion et d’hyène de Sandaga le connaissent par cœur. Par tendresse doublée de politesse, ils l’appellent seugne bi (notre guide). Il fait partie de ces derniers recours que les gens nomment maa man yi (les charlatans). Il voyage toujours léger. Il est si vénéré qu’il est partout bien accueilli par des fanatiques arborant un sourire d’ignorant accroché aux lèvres.

C’est le même homme dont nous parle Chinua Achebe dans ses romans. C’est le guérisseur qui donne des potions, le devin qui voit l’avenir et le prêtre qui facilite la communication entre ce monde et celui des esprits. Au Sénégal, il dirige également la prière dans les mosquées. Son dos toujours courbé, la plume et l’encrier juste à portée de main, deux plats en plastique contenant de l’eau mélangée avec un liquide noirâtre près de lui, il se concentre comme un élève qui passe, pour la deuxième fois, son bac. Ses traits sont distinctifs, on n’a pas besoin d’être près de lui pour le remarquer. Il a une tête chauve, de petites oreilles, un nez plat, un front saillant qui sort de l’ordinaire et sur lequel on aperçoit une marque noire comme s’il était tombé sur une substance difficile à enlever.

On dirait que ses prières quotidiennes en sont la cause. D’ailleurs, sur le tapis de prière, en haut au milieu, on voit la même marque. Chez lui, ascétisme et animisme sont des sœurs siamoises. Il témoigne le même respect à Gabriel qu'à Lucifer. Il n’y a pas de personnalité plus paradoxale que la sienne. Quand il parle, sa fatigue le trahit, sa voix tremblote et les mots étranglés qui sortent de sa bouche donnent l’impression d’une fréquence de radio saccadée. Ses doigts délicats ne savent qu’écrire des xaatim (lettres arabes) et égrener des chapelets de mille perles. Pendant la nuit, on l’entend psalmodier des noms bizarres : « saalaa li…  waalaa li… jinkum jinkum… jaakum jaakum…». Il arrive des moments où il peut s’enfermer trois jours sans se mettre quelque chose sous la dent. Notre homme est musulman, mais très attaché à la tradition païenne que les religions ne réussiront jamais à éradiquer en Afrique noire.

Les femmes l’adorent, il leur donne des saafara (décoctions protectrices). Ses belles heures de consultation coïncident toujours avec le baccalauréat : stylos magiques, soccu (cure-dents à l’africaine), et toute une kyrielle de rites vaudous pour des jeunes fantassins qui vont affronter l’ennemi sans armes. Les jeunes demoiselles l’estiment avec crainte, il leur répète sans cesse de porter des talismans pour ne pas mourir vieilles filles. Les hommes se méfient un peu de lui, mais ils le consultent aussi. Son logeur le salue avec deux mains fermes pleines de reconnaissance, car il lui avait prédit une seconde épouse. Le patron de la radio du quartier l’invite chaque samedi soir sur son plateau pour l’émission spéciale Guissaané (divination). Il enregistre un nombre record de sept cent mille auditeurs par semaine au moment où son programme Xam Xam Lé (savoir et partager) en a à peine cinq mille par mois.

Sa profession est aussi vielle que le continent noir. Ses ancêtres l’ont pratiquée des siècles avant sa naissance. Puis, son père, l’ayant héritée de son grand-père, lui a transmis ces pratiques païennes. C’est au début du vingtième siècle que son grand-père, décédé après s’être battu avec des forces maléfiques, s’est converti à l’islam. L’islam, une religion qui se veut monothéiste, dévote et iconoclaste des traditions haram (illicites ou blasphématoires), est la religion dont cette famille se réclame. Pourtant, grand-père n’a jamais fait fi aux xamb (lieux de sacrifice). Il n’a jamais cessé d’égorger des coqs pour ensuite répandre leur sang sur les pirogues des pêcheurs qui craignaient la déesse des océans. Une sirène peut-être ! Le choix des couleurs est essentiel dans ce milieu : la couleur blanche chasse les démons, le rouge améliore la chance et le noir est symbole de fertilité.

Par un beau matin où il faisait un froid de canard, un homme s’était présenté. Son allure laissait savoir qu’il venait de loin. Tout en sueur, l’air impatient et la mine épuisée, il demanda à voir le marabout. Mais il fallait attendre cinq heures de temps avant de pouvoir lui parler. Les modou modou (émigrés), les politiciens, les simples superstitieux, et même quelques toubab (Blancs) faisaient la queue au nom du culte animiste.

Dès que le vieil homme était apparu, son nom, ainsi que ceux de ses parents lui furent révélés sans qu’il ne le dise. « Ah ! c’est lui mon homme, » s’exclama-t-il. L’étranger était Directeur général d’une entreprise de télécommunication à Dakar. A chaque fois qu’il entrait dans son bureau, confia-t-il, sa vision devenait floue. Pourtant, son médecin personnel lui avait dit de ne pas s’inquiéter. Les récents travaux de rénovation, qui dégageaient beaucoup de poussière dans l’immeuble, devaient en être la cause.

« Non, ce menteur ne connaît rien ! Il ignore que mes subalternes ne veulent que ma mort pour me remplacer. » C’est comme ça qu’il s’est rendu dans ce village, réputé pour ses bains mystiques. Le marabout l’intima l’ordre d’acheter un coq d’une blancheur immaculée, faute de quoi il ne serait jamais exaucé. Accroupi comme un enfant qui se soulage après s’être intoxiqué de viande grillée et de frites, il se versa deux pots de sept litres d’eau bénite. Quelle eau ! A cent mètres du lieu, on sentait l’odeur forte semblable à des poissons fumés mêlés d’œufs pourris. Résolu à se débarbouiller des venins dakarois, il se lava de la pointe des pieds aux cheveux. Alors qu’il croyait pouvoir rentrer, il fut stupéfait d’un spectacle sans précédent qui l’immobilisa pendant des heures. Le coq, victime de sa superstition, avait reçu deux coups de couteau à l’estomac duquel sortirent des fils, des cafards et du charbon. Alors, grand-père les lui montra un à un en lui expliquant leur mauvaise intention. Ses collègues voulaient l’enterrer vivant : sa charmante secrétaire avait déjà consulté trois charlatans à cet effet, son chauffeur, qui l’avait d’ailleurs accompagné, lui en voulait aussi. « Le monde est un vrai panier de crabes ! » fit-il, enragé.

Tout comme grand-père, le père n’était pas en reste. Tôt le matin, il se levait chaque jour, une heure avant la prière de l’aube, pour s’armer avec plus de cent grigris après un bain mystique qui dégageait des puanteurs de latrines. Il en mettait partout, autour des cuisses, des biceps, de l’avant-bras droit, du cou et, surtout, de la taille. Il ne se sentait jamais en sécurité sans ses anda ndoo (compagnons). Cependant, c’est une vie plus austère que notre ami a choisie. Ses idéaux ont dépassé ceux de ses pères. Le matin, il va à la mosquée. Le soir, il donne des recommandations, en bon marabout. Les sacrifices qu’il prescrit dépendent des besoins qui lui sont exprimés : des kolas rouges et blanches, des percales, le linge d’une vierge qui a ses règles, le gros orteil d’un mort enterré, un mouton d’une seule couleur de fourrure, deux bougies à donner à une jeune naine ayant perdu ses deux jambes, du lait caillé à verser devant sa porte avant de la franchir, des incantations à écrire en arabe sur une feuille blanche qu’il faut ensuite cacher dans un endroit toujours humide, etc.

Cet homme…, si tordu qu’il soit, est le parfait miroir de la société sénégalaise. Un pays dont l’unique espoir est basé sur la chance et non le mérite sera toujours hanté par les démons de la peur continuelle engendrée par la jalousie, la convoitise et le maraboutage. « Oui, notre pays a trempé jusqu’au ventre dans le fétichisme, et nous en sommes restés imprégnés quand même, et nous avons eu beau nous débarbouiller, prendre des bains de réalité violente, la tache s’entête, toutes les lessives du monde n’en ôteront pas l’odeur. »

P.S. : la dernière phrase de ce texte s’inspire de L’Œuvre d’Émile Zola publié en 1886.



Mouhamed Diop
mouhamed.rassoul@yahoo.fr

 

Un séjour dans le Sine Saloum

Le 28/07/2017

Sine Saloum

Sine
Sine 
Après un voyage un peu fatigant, c’est une jeune fille, l’air calme, au sourire séduisant, qui m’accueille. Quelques minutes s’en suivront pour que le bol de couscous local me soit apporté avec allégresse et obligeance par une autre. Celle-ci manque de charme comme l’autre. Mais plus grassouillette, elle marche d’un pas alerte, ses rondeurs encore balbutiantes ne rajoutent que plus d’entrain dans ses mouvements de jeune campagnarde travailleuse et obéissante. Une nuit paisible et longue, n’existant que dans ces contrées, me dorlote jusqu’au petit matin.

Mille gazouillements de lamentations, de chamailleries, de chants amoureux des oiseaux diurnes, chassant ou remplaçant les rapaces nocturnes, se mêlent dans une mélodie paradisiaque. L’orchestre de la nature est si symphonique, si pur et si inouï. Ce n’est plus le crissement de pneus, ni le ronronnement d’un camion ni les grondements d’un moteur de car Niaga Ndiaye qui me réveillent. Je me suis retrouvé dans un endroit différent où les aiguilles de la montre cèdent, refusent de continuer leur tic-tac face aux caprices édéniques de mère nature. Dans la nature, le temps n’a pas de sens. Les coups de vent, les bouffées de chaleur, la fraîcheur naturelle, l’horizon qui tantôt s’éclaircit, tantôt s’assombrit, suffisent pour donner l’heure.

Les promenades de la journée sont riches d’histoires à raconter. En longeant les vergers bordés de lianes, j'entends les murmures des arbres aux feuilles naissantes, le bruit bucolique des mangues mûres qui disent adieu à leur mère, les femmes Sérères assises sous le pommier sauvage, la chute brusque et fatale des anacardes. Ces fruits acides sont si juteux qu’ils s’écrasent sur le sol après avoir quitté, à jamais, celle qui les a engendrés. Ici, les gens les laissent pourrir. Ils en ont à gogo. Ils ne sont pas très chimistes. Ils n’ont pas assez de tact ni d’initiative ni les moyens de les transformer comme dirait Lavoisier. Pourtant, ils ne badinent pas avec les noix.

En me promenant, toute mon attention est braquée sur une femme que les travaux champêtres et les corvées domestiques ont rendue osseuse. Dans ce village, il existe deux catégories de gens. Ceux qui ramassent les noix pour les vendre et ceux qui les transforment en véritables ambroisies. La seconde catégorie a très peu de membres dont cette femme épuisée par le dur labeur. Muni d’un long bâton, elle se met à distance. La noix est toxique et dangereuse. Sous un feu nourri, elle se met en besogne pour cuire ses noix, longtemps séchées au soleil pour réduire leur toxicité. Je profite bien du spectacle. On ne voit pas tous les jours cette préparation traditionnelle de noix de cajou. Son goût exquis passe par des mains expertes avant d'atterrir sur la langue des gourmands.

La nuit tombée à peine, le village dîne, se tait, se couche, s’enferme, dort, ronfle… Il fait nuit noire comme la couleur de ma peau, comme le teint encore plus sombre de mes hôtes. Si ce ne sont les lamentations du vieux crapaud qui craint ma présence, les railleries des chauves-souris raffolant de mangues, la lune qui fait son apparition céleste, je suis seul sur une chaise, avec le Pot-Bouille de Zola entre les mains, entouré par des insectes de l’hivernage qui survolent ma tête.

Le lendemain, une envie d’excursion me prend. Entre ciel et mer, un complot siffle dans l’air chargé de pluie hésitante, le promeneur solitaire que je deviens s’entête malgré les menaces des deux profondeurs, des ñomig ka (insulaires en Sérère) me tiennent compagnie, rentrant chez eux, des pêcheurs tournent la manivelle pour démarrer le moteur. Puis, j’aperçois des pirogues au large, des châteaux qui bordent les îlots, des chaloupes révélant la présence d'étrangers retraités. Quand je lève la tête, j’aperçois un soleil assombri. Mais ouf ! je suis rassuré. Il ne va pas pleuvoir. Maintenant, je vois, à perte de vue, des palmiers sur l'île le plus proche, des mangroves taciturnes sur lesquels s'agrippent les huîtres balayées par l'océan... L’eau, le bras de la mer qui fait la fierté des habitants de la petite côte, si douce, si calme, berce la pirogue qui vogue tranquillement vers Mar Lodge.  

C'est le Sine Saloum !

Mouhamed Diop

 

Bob, le chanteur de toutes les générations

Le 17/05/2017

 
« Le plus beau patrimoine est un nom révéré. »
Victor Hugo, Odes et Ballades, 1828.


Des siècles ont passé emportant des phares de l’humanité. Dans le cas du vingtième, « un nom révéré » nous vient à l’esprit. C’est celui de Robert Nesta Marley, dit Bob, l’homme qui a précocement marqué son siècle avec un patrimoine inépuisable. Dans ses textes, toutes les situations sociales sont remises en question. Toutes les membrures du corps politique tordues, refondues ou reforgées, dans la fournaise de la démagogie, sur l’enclume sonore des promesses à ne pas tenir, sont passées au crible (phrase inspirée de Victor Hugo dans Les Feuilles d’automne, 1831). Toutes les tares de la société sont redressées dans les textes de Bob insufflant ainsi une force révolutionnaire et créatrice de valeurs perdues. 

L’art trouve toute son utilité dans la poésie musicale de Marley. Tout ce que les grands écrivains ont rejeté pour limiter l’art à l’esthétique a été transformé en une arme salvatrice et rassurante par l’enfant des ghettos de la Jamaïque pour élever l’art au piédestal qu’il mérite. Bob, l’infatigable chanteur, est à la fois l’écho sonore, le lyrisme amoureux, le guitariste engagé, le moralisateur, le trait d’union du monde…

Ses dreadlocks (littéralement, « boucles de cheveu qui font peur ») symbolisaient l’effrayant pouvoir des authentiques Rasta, ancêtres d’Hailé Sélassié, descendants directs de la reine de Saba et du roi Salomon. Couronné sous le nom Sélassié Ier,  le dernier empereur d’Ethiopie, ras Tafari Makonnen, était considéré comme le Messie noir par Marley et les Rastafaris. Il a inspiré au chanteur le célèbre morceau « War (1976), » d’un discours prononcé le 6 octobre 1963 à New York à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies.

Dans « Rastaman Chant (1973), » Bob Marley prédit la fin des dictatures dans le monde et affirme qu’à sa mort il aura une place privilégiée à Sion, la colline sacrée de Dieu qui symbolise le paradis, en ces paroles : « Je dis que je rentrerai chez moi à Sion, par un beau matin, quand j’aurai accompli ma mission. » Le 11 mai 1981 à Miami (Floride, Etats-Unis), Bob fit ses derniers adieux à l’âge de 36 ans. Incroyable ! Comment un homme aussi jeune peut-il accomplir une mission aussi lourde. Aujourd’hui, une discographie de centaines de morceaux aussi riches et agréables à écouter constitue l’héritage qu’il a légué à toutes les générations.

 
Mouhamed DIOP,
Professeur d’anglais

 

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